Portage salarial dans l'immobilier : conseil oui, transaction non
Le portage salarial couvre le conseil et l'expertise en immobilier (conseil en investissement, AMO, expertise, home staging, formation) mais pas les transactions soumises à la carte professionnelle. La loi Hoguet impose un cadre spécifique aux agents immobiliers, incompatible avec le portage pour l'acte de vendre ou de louer.
Fourchette indicative, source : Fourchettes marché du conseil immobilier
Hypothèses 2026 (charges patronales ~42 %, salariales ~22 %), mises à jour le 04/07/2026. Simulation indicative et non contractuelle. Voir notre méthode de calcul.
La ligne rouge : conseil oui, transaction non
C'est la question qui revient à chaque fois, et la réponse est nette : on ne peut pas être agent immobilier en portage salarial. Pas pour l'acte de vendre, de louer ou de négocier un bien pour le compte d'un tiers. Cette activité (l'entremise immobilière) est régie par la loi Hoguet du 2 janvier 1970, qui impose une carte professionnelle, une garantie financière et un régime d'assurance propres. Le portage ne remplit aucune de ces conditions et ne peut pas vous y autoriser.
En revanche, tout le champ du conseil et de l'expertise immobilière se porte parfaitement. Un consultant qui vend son cerveau et non des mètres carrés facture une prestation intellectuelle, exactement comme un consultant en stratégie ou un formateur. La distinction n'est pas juridiquement subtile : elle sépare deux mondes. D'un côté, l'entremise, réglementée et fermée au portage. De l'autre, le conseil, ouvert et parfaitement compatible.
Aucune société de portage ne peut vous couvrir pour une activité de transaction immobilière. Rechercher un acquéreur, négocier un mandat, percevoir une commission d'entremise suppose une carte professionnelle (carte T ou G) délivrée sous conditions strictes. Facturer ce type d'acte via une société de portage vous exposerait, vous et le client, à une nullité et à des sanctions. Dans le doute, vérifiez ce que dit précisément le cadre légal du portage avant de signer.
Ce qui est réellement possible en portage
Le périmètre autorisé est plus large qu'on ne l'imagine, à condition de rester dans la prestation intellectuelle. Concrètement, un consultant immobilier peut porter :
- Le conseil en investissement : analyse de marché, stratégie d'acquisition, arbitrage de patrimoine, étude de rentabilité. Vous éclairez une décision, vous ne concluez pas la vente.
- L'assistance à maîtrise d'ouvrage (AMO) : accompagnement d'un promoteur, d'une foncière ou d'un investisseur sur une opération, de la programmation à la livraison.
- L'expertise et l'audit : évaluation d'un actif, audit technique ou patrimonial, due diligence avant acquisition, expertise en valeur vénale hors monopole réglementé.
- Le home staging en conseil : recommandation de mise en valeur, préconisations de travaux, direction artistique : la prestation de conseil, pas la vente du bien.
- Le marketing et la commercialisation en prestation : conception de plans de commercialisation, stratégie de lancement d'un programme neuf, rédaction de supports, facturés en honoraires, sans mandat de vente.
- La formation immobilière : animer des sessions pour des réseaux, des agences ou des écoles, sur la réglementation, la négociation ou l'estimation.
Le fil conducteur est simple. Tant que vous produisez une analyse, une recommandation ou un livrable intellectuel, vous êtes dans le portage. Dès que vous agissez au nom du client pour conclure une opération, vous en sortez.
Un exemple concret aide à situer la frontière. Conseiller un investisseur sur l'opportunité d'acquérir un immeuble de rapport, chiffrer sa rentabilité et rédiger une note d'arbitrage : c'est du conseil, parfaitement portable. Chercher activement cet immeuble, contacter les vendeurs, négocier le prix et toucher une commission à la signature : c'est de l'entremise, fermée au portage. Le même dossier peut donc contenir une partie portable et une partie qui ne l'est pas, d'où l'importance de cadrer précisément le périmètre de chaque mission dès la lettre de mission.
Missions types et clients
Les donneurs d'ordre ne sont pas les particuliers, mais les professionnels de la filière. Un consultant immobilier porté travaille surtout pour des promoteurs en phase de montage ou de commercialisation, des foncières et sociétés de gestion d'actifs qui externalisent une expertise ponctuelle, des investisseurs privés ou institutionnels en quête d'un regard indépendant, et des réseaux ou agences qui achètent de la formation ou du conseil en organisation.
Les missions sont souvent cadrées dans le temps : un audit de trois semaines, un accompagnement AMO sur plusieurs mois, un cycle de formation étalé sur un trimestre. Ce rythme se prête bien au portage, qui transforme des honoraires irréguliers en salaire lissé, avec la protection sociale du régime général.
C'est aussi ce qui distingue le consultant immobilier porté du négociateur classique. Là où l'agent vit au rythme des ventes conclues, avec des mois pleins et des mois vides, le consultant facture une expertise dont la valeur ne dépend pas de la signature finale. Cette régularité relative est un atout pour le portage, qui a besoin d'un chiffre d'affaires suffisant pour absorber le coût du statut salarié. Reste que les périodes entre deux missions existent : la convention collective encadre alors votre situation, et certaines sociétés proposent un appui commercial pour les réduire, un critère de comparaison bien réel.
Prestation de conseil ou mandat de transaction : ne pas confondre
La frontière se joue dans la nature du contrat. Une prestation de conseil se matérialise par une lettre de mission et des honoraires forfaitaires ou au temps passé : vous êtes payé pour votre expertise, quel que soit le résultat de l'opération. Un mandat de transaction vous engage à trouver et à conclure, et se rémunère par une commission indexée sur la vente. C'est précisément ce que la loi Hoguet réserve aux titulaires de la carte professionnelle.
Deux réflexes protègent votre montage. D'abord, rédigez des missions qui décrivent un livrable de conseil, jamais une obligation de vendre ou de louer. Le vocabulaire compte : parlez d'honoraires, de recommandations et de préconisations, pas de mandat ni de commission. Ensuite, soignez la responsabilité civile professionnelle : le conseil immobilier engage votre responsabilité si une recommandation se révèle fautive et cause un préjudice. Vérifiez que la RC pro de votre société de portage couvre bien votre domaine d'intervention et à quels plafonds, un point qui varie sensiblement d'un acteur à l'autre et qui pèse lourd en cas de litige sur une opération à forts enjeux financiers.
TJM et salaire net : les ordres de grandeur
Les honoraires du conseil immobilier dépendent de la technicité de la mission et de la rareté de l'expertise. Voici les fourchettes couramment observées :
| Type de mission | TJM observé | CA / mois (15 j) |
|---|---|---|
| Conseil / home staging conseil | 400 – 500 € | 6 000 – 7 500 € |
| AMO / commercialisation en prestation | 500 – 650 € | 7 500 – 9 750 € |
| Expertise pointue / foncières / montages | 650 – 800 €+ | 9 750 – 12 000 €+ |
À 550 € de TJM médian sur 15 jours, le chiffre d'affaires avoisine 8 250 € par mois. Une fois déduits les frais de gestion et les cotisations, le salaire net se situe généralement autour de 48 à 55 % du chiffre d'affaires, un ordre de grandeur, jamais un montant garanti. Pour obtenir une fourchette précise selon vos paramètres, estimez votre net réel avec votre TJM dans le simulateur.
L'alternative pour la transaction : agent commercial mandataire
Si votre projet est bel et bien de vendre et de louer, le portage n'est pas la solution, et il serait malhonnête de vous laisser croire l'inverse. Le statut adapté est celui d'agent commercial mandataire immobilier : vous exercez sous l'habilitation d'un réseau ou d'une agence titulaire de la carte T, qui vous délègue une attestation et engage sa garantie. Vous restez indépendant, mais rattaché à une structure qui porte la responsabilité réglementaire de l'entremise.
Beaucoup de professionnels combinent d'ailleurs les deux logiques dans leur activité : le mandat d'agent commercial pour la transaction, et le portage salarial pour tout ce qui relève du conseil, de la formation ou de l'expertise facturée en prestation intellectuelle. Avant de vous lancer, la convention collective du portage précise le cadre salarial dont vous bénéficierez pour ce second volet : congés, prévoyance, réserve financière et conditions d'intercontrat.
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