La convention collective de branche du 22 mars 2017 encadre le portage salarial : elle fixe une rémunération minimale (70 à 85 % du plafond mensuel de la sécurité sociale), une réserve financière, trois statuts de salarié porté et une garantie financière obligatoire de la société. Tout est vérifiable sur Legifrance.
- La convention du 22 mars 2017 est le texte de branche qui s'applique à tout salarié porté.
- Elle garantit une rémunération minimale : de l'ordre de 70 à 85 % du plafond mensuel de la sécurité sociale selon votre statut.
- La réserve financière et l'indemnité d'apport d'affaire sécurisent les périodes entre deux missions.
- La garantie financière de la société protège votre salaire si elle rencontre une difficulté.
Un texte de branche, pas un simple usage
Beaucoup de consultants découvrent le portage salarial par la promesse d'un net attractif et d'un statut de salarié. Peu savent qu'un texte précis fixe ce qu'ils peuvent exiger : la convention collective de branche des salariés en portage salarial, signée le 22 mars 2017 et étendue à l'ensemble du secteur. C'est elle qui transforme les grands principes de la loi en droits concrets et chiffrés.
Le cadre du portage repose en réalité sur trois étages. L'ordonnance n° 2015-380 du 2 avril 2015 a créé et sécurisé le statut. Les articles L1254-1 et suivants du code du travail en fixent les règles générales : contrat, obligations de la société, mentions obligatoires. La convention de 2017, enfin, descend dans le détail de la rémunération, des classifications et de la protection sociale. Quand vous vous demandez « ai-je droit à cela ? », c'est le plus souvent dans cette convention que se trouve la réponse.
Elle s'applique à toute société de portage et à tout salarié porté, quel que soit votre métier, que vous soyez en CDD de mission ou en CDI de portage. Vous n'avez rien à faire pour en bénéficier : elle est d'ordre public dès lors que vous signez un contrat de travail en portage. C'est une différence de fond avec le statut de freelance classique, où aucun plancher de rémunération n'existe.
Un mot sur son histoire, car il éclaire sa portée. Avant 2017, le portage vivait sur des bases juridiques fragiles, régulièrement contestées devant les tribunaux. L'ordonnance de 2015 a d'abord fixé la structure ; il a ensuite fallu que les partenaires sociaux (organisations d'employeurs du portage et syndicats de salariés) négocient les modalités concrètes. C'est cet accord, signé le 22 mars 2017 puis étendu par arrêté ministériel, qui a donné au secteur un socle stable. L'extension est décisive : elle rend le texte obligatoire pour toutes les sociétés, y compris celles qui n'ont pas signé. Une société ne peut donc pas vous proposer « sa propre version » à la baisse.
La rémunération minimale garantie
C'est le point le plus concret de la convention. Contrairement à l'auto-entrepreneur, un salarié porté ne peut pas être rémunéré en dessous d'un plancher. Ce plancher n'est pas le SMIC : il est calculé en pourcentage du plafond mensuel de la sécurité sociale (PMSS), une valeur revalorisée chaque année (de l'ordre de 3 925 € en 2025).
Pour un temps plein, les ordres de grandeur retenus par la convention sont les suivants :
| Statut | Rémunération minimale brute mensuelle (temps plein) |
|---|---|
| Salarié porté junior | ≈ 70 % du PMSS |
| Salarié porté senior | ≈ 75 % du PMSS |
| Salarié porté en forfait jours | ≈ 85 % du PMSS |
À ces montants s'ajoute une indemnité d'apport d'affaire de 5 %, versée parce que c'est vous (et non la société) qui trouvez vos missions. En euros, sur la base du PMSS 2025, cela place le plancher d'un junior autour de 2 750 € bruts par mois, celui d'un salarié au forfait jours nettement plus haut.
Un point à comprendre : ce plancher ne vous est dû qu'au titre des périodes où vous êtes effectivement en mission et rémunéré. Il ne signifie pas que la société vous garantit un revenu même sans client. La convention encadre le minimum d'une mission, pas l'assurance d'en avoir une. Votre rémunération réelle, elle, dépend de votre tarif journalier et du nombre de jours facturés. Pour voir ce que votre TJM donne concrètement, le plus simple reste de faire tourner vos chiffres dans le simulateur de salaire net plutôt que de raisonner sur le seul plancher légal.
Ce plancher a aussi une conséquence pratique souvent ignorée : il fixe indirectement un TJM minimal pour être portable. Si votre tarif est trop bas, la société ne peut pas éditer un bulletin qui respecte à la fois la rémunération minimale, les cotisations et ses frais de gestion. En pratique, beaucoup de sociétés refusent les missions dont le CA ne permet pas d'atteindre le plancher conventionnel. C'est une limite réelle du portage pour les activités à faible valeur ajoutée, qu'il vaut mieux connaître avant de se lancer. Pour un temps partiel, le plancher est proratisé : il s'apprécie au regard du temps de travail réellement effectué, pas d'un forfait mensuel figé.
La rémunération minimale est un filet, pas un objectif. En pratique, un consultant qui facture un TJM correct se situe très au-dessus. Le rôle du plancher est d'empêcher les montages abusifs, pas de définir ce que vous « devez » gagner. Le détail du calcul du net figure dans notre guide du salaire en portage.
Junior, senior, forfait jours : trois statuts
La convention distingue trois profils de salarié porté, et cette classification a des effets réels sur votre plancher de rémunération.
Le salarié porté junior est celui qui a moins de trois ans d'ancienneté dans le portage. C'est le statut d'entrée. Son plancher est le plus bas des trois, autour de 70 % du PMSS pour un temps plein.
Le salarié porté senior a dépassé trois ans d'exercice en portage. L'ancienneté fait mécaniquement monter son plancher, de l'ordre de 75 % du PMSS. La logique est celle d'une expérience reconnue : un consultant installé négocie et facture généralement mieux, et la convention en tient compte.
Le salarié porté au forfait jours relève d'un mode de décompte du temps de travail différent, en jours travaillés sur l'année et non en heures. Réservé aux profils autonomes (ce qui est presque toujours le cas en portage), ce statut ouvre le plancher le plus élevé, autour de 85 % du PMSS. C'est souvent le régime qui correspond le mieux à la réalité d'un consultant qui gère lui-même son agenda.
Ces catégories ne sont pas de simples étiquettes : elles déterminent le montant minimal que la société doit inscrire sur votre bulletin. Au moment de signer, vérifiez que le statut retenu correspond à votre situation réelle, car il conditionne votre plancher.
Réserve financière et indemnité d'apport d'affaire
Deux mécanismes propres au portage méritent qu'on s'y arrête, car ils n'existent nulle part ailleurs dans le salariat classique.
La réserve financière concerne surtout les salariés en CDI de portage. La convention prévoit qu'une partie de votre rémunération (de l'ordre de 10 % du salaire de base de la dernière mission) soit mise en réserve. L'idée est simple : lisser vos revenus. Entre deux missions, cette réserve permet à la société de continuer à vous verser un salaire pendant les périodes creuses, dans les limites prévues par le contrat. C'est l'un des arguments du CDI de portage face au CDD de mission : une trésorerie amortie, au prix d'une part de rémunération différée.
L'indemnité d'apport d'affaire, elle, reconnaît une évidence : dans le portage, c'est le consultant qui démarche, négocie et décroche ses contrats. La société ne vous apporte pas les clients. En contrepartie de ce travail commercial, la convention prévoit une prime de 5 % de la rémunération. Elle figure sur votre bulletin comme un élément distinct. Concrètement, elle valorise le fait que votre activité repose sur votre propre réseau.
Ces deux dispositifs expliquent pourquoi un bulletin de paie en portage se lit différemment d'un bulletin classique. On y trouve des lignes (réserve, indemnité d'apport, frais de gestion) qui n'ont pas d'équivalent dans une entreprise ordinaire.
La garantie financière de la société : votre filet
C'est sans doute la protection la plus importante et la moins connue. L'ordonnance de 2015, reprise par le code du travail, impose à toute société de portage de souscrire une garantie financière auprès d'un établissement agréé (banque, compagnie d'assurance, organisme de caution).
À quoi sert-elle ? À vous protéger en cas de défaillance de la société. Si votre société de portage rencontre une difficulté et ne peut plus payer les salaires ou verser les cotisations, la garantie financière prend le relais pour couvrir les sommes qui vous sont dues. Vous ne perdez pas l'argent déjà facturé à vos clients.
Son montant n'est pas laissé au hasard. La loi fixe un minimum calculé sur la masse salariale de la société, avec un plancher indexé sur le plafond annuel de la sécurité sociale. Autrement dit, plus une société porte de consultants, plus sa garantie doit être élevée.
Avant de signer, demandez le nom de l'organisme qui délivre la garantie financière et son attestation à jour. Une société qui esquive la question mérite votre méfiance. C'est un test simple et révélateur de sa solidité, au même titre que la transparence sur les frais de gestion.
Congés, prévoyance et autres droits
Parce que vous êtes salarié, vous cotisez et vous ouvrez des droits comme n'importe quel salarié. La convention et le code du travail vous garantissent notamment les congés payés : une indemnité de congés, généralement de l'ordre de 10 % du salaire, est calculée sur votre rémunération. Vous cotisez aussi à l'assurance chômage, ce qui vous permet, sous conditions, de percevoir une allocation entre deux périodes d'activité, un point développé dans notre guide sur le portage et le chômage.
La convention organise également une prévoyance de branche : couverture en cas d'incapacité, d'invalidité ou de décès, complémentaire santé, selon les garanties négociées par les partenaires sociaux. Ces protections font partie du contrat social du portage et expliquent une partie du différentiel de cotisations avec le statut d'indépendant. Vous payez plus de charges, mais vous êtes couvert comme un salarié : retraite, sécurité sociale, prévoyance comprises.
S'ajoutent les droits attachés à tout contrat de travail : la formation professionnelle, avec un compte personnel de formation alimenté chaque année, et l'accès aux dispositifs de la branche. La convention encadre également les mentions obligatoires de votre contrat et de vos bulletins, la période d'essai, le préavis et les conditions de rupture. Autant de repères qui, en cas de litige avec la société, vous donnent des points d'appui précis. Là encore, la logique est la même : ce sont des droits de salarié, opposables, et non des faveurs commerciales que la société consentirait au cas par cas.
Cas chiffré : du plancher au net réel
Pour bien distinguer le minimum légal de votre revenu réel, prenons un exemple. Une consultante senior facture 550 € de TJM sur 18 jours dans le mois, soit 9 900 € de chiffre d'affaires hors taxes. La convention lui garantit un plancher, mais son activité la place très au-dessus : après frais de gestion et cotisations sociales, son salaire net se situe dans la fourchette de référence de 48 à 55 % du CA HT, soit de l'ordre de 4 750 à 5 400 € nets. Le plancher conventionnel (autour de 75 % du PMSS pour un senior) n'entre jamais en jeu ici : il ne sert que de garde-fou. Pour obtenir une estimation adaptée à votre propre TJM, lancez une simulation avec vos chiffres. Tout montant reste indicatif tant que le contrat n'est pas signé.
Ce que la convention ne couvre pas
Il est aussi honnête de dire ce que ce texte ne fait pas, car c'est là que naissent la plupart des malentendus.
La convention ne fixe pas votre TJM. Votre tarif journalier se négocie librement avec votre client ; aucun texte ne l'encadre. C'est votre marché, votre expertise et votre négociation qui le déterminent.
Elle ne plafonne pas les frais de gestion. Le taux prélevé par la société (le plus souvent 5 à 10 % du CA) relève de la liberté commerciale, pas de la convention. C'est un poste à comparer société par société, sans référence légale.
Elle ne vous garantit pas de trouver des missions. Le salarié porté reste autonome dans sa prospection. La convention sécurise le cadre d'une mission, pas son obtention.
Elle ne remplace pas vos assurances métier. Selon votre activité, une responsabilité civile professionnelle ou des garanties spécifiques peuvent rester nécessaires ; la convention ne s'y substitue pas.
Retenez la logique d'ensemble : la convention collective du 22 mars 2017 vous protège en tant que salarié (rémunération minimale, réserve, garantie financière, prévoyance) mais elle laisse à votre charge tout ce qui relève de votre activité d'indépendant. C'est précisément cet équilibre, mi-salarié mi-autonome, qui définit le portage salarial dans son ensemble. Pour toute question de droit, le réflexe reste le même : remonter au texte source sur Legifrance plutôt que de se fier à une reformulation.
Estimez votre salaire net en portage et comparez les sociétés adaptées à votre profil.