La société (EURL, SASU) peut optimiser fiscalité et rémunération à haut chiffre d'affaires durable, mais impose gestion, comptabilité et risque. Le portage supprime tout cela en gardant le statut salarié : c'est le bon choix pour tester une activité ou déléguer entièrement l'administratif, tant que votre facturation ne justifie pas encore une structure.
- Le portage garde le statut salarié (chômage, retraite du régime général) sans aucune gestion.
- L'EURL et la SASU ouvrent l'optimisation, mais imposent comptabilité, déclarations et responsabilité de dirigeant.
- La société devient intéressante surtout à CA élevé et durable, quand l'économie dépasse le coût réel de gestion.
- Le coût caché d'une société, c'est le temps, l'expert-comptable et le risque, pas seulement les cotisations.
Deux logiques opposées, pas deux variantes
On présente souvent le portage salarial et la société comme deux façons voisines de « travailler à son compte ». C'est trompeur. Ce sont deux logiques opposées.
Le portage, c'est déléguer entièrement : vous facturez, une société de portage vous emploie, gère la paie, les cotisations, le juridique, et vous verse un salaire. Vous êtes salarié, avec la protection qui va avec, et zéro administratif.
La société, EURL ou SASU, c'est l'inverse : vous devenez chef d'entreprise. Vous encaissez le chiffre d'affaires sur un compte professionnel, vous décidez de votre rémunération, vous optimisez, mais vous portez aussi la comptabilité, les déclarations, la responsabilité et le risque. En échange de cette charge, vous gagnez un levier que le portage n'offre pas : le contrôle de votre fiscalité.
Le bon arbitrage ne se joue donc pas sur « lequel coûte le moins cher », mais sur une question plus honnête : à combien estimez-vous le temps, le risque et l'énergie que vous êtes prêt à investir dans la gestion, et à partir de quel gain cela en vaut la peine.
Le comparatif en un tableau
| Critère | Portage salarial | EURL (gérant TNS) | SASU (assimilé salarié) |
|---|---|---|---|
| Gestion / comptabilité | Aucune, tout est délégué | À votre charge (souvent un expert-comptable) | À votre charge (comptabilité plus lourde) |
| Coût du statut | Frais de gestion + cotisations salariales | Cotisations TNS + comptable | Cotisations élevées + comptable |
| Protection sociale | Régime général + assurance chômage | TNS : plus légère, pas de chômage | Assimilé salarié : étendue, mais pas de chômage propre |
| Fiscalité | Salaire (impôt sur le revenu) | IR ou IS selon option | IS par défaut, dividendes possibles |
| Responsabilité | Portée par la société de portage | Limitée aux apports, mais gestion à assumer | Limitée aux apports, gestion à assumer |
| Flexibilité | Démarrage et arrêt immédiats | Création et fermeture formalisées | Création et fermeture formalisées |
| Image / crédibilité | Salarié porté, bulletin de paie | Chef d'entreprise, Kbis | Chef d'entreprise, Kbis |
Ce tableau montre l'essentiel : le portage échange une part de votre rémunération contre une tranquillité totale. La société échange de la tranquillité contre un potentiel d'optimisation. Aucun des deux n'est « mieux » dans l'absolu.
EURL, SASU, portage : bien distinguer les trois
Beaucoup confondent EURL et SASU, alors que le régime social du dirigeant, qui pèse lourd, n'est pas le même.
L'EURL est une SARL à associé unique. Son gérant relève du régime des travailleurs non salariés (TNS). Les cotisations sont plus faibles, ce qui augmente mécaniquement le revenu disponible à CA égal, mais la protection sociale est plus légère : indemnités journalières moins généreuses, retraite à surveiller, et surtout aucune assurance chômage. Par défaut, l'EURL est à l'impôt sur le revenu, avec une option possible pour l'impôt sur les sociétés.
La SASU est une SAS à associé unique. Son président est assimilé salarié : il cotise au régime général, avec une protection sociale plus proche de celle d'un cadre, mais des cotisations sensiblement plus lourdes. Là non plus, pas d'assurance chômage sur la rémunération de dirigeant. La SASU est à l'impôt sur les sociétés par défaut, ce qui ouvre le jeu classique entre salaire et dividendes.
Le portage, encadré par l'ordonnance du 2 avril 2015, ne crée aucune structure. Vous êtes salarié de la société de portage, affilié au régime général et couvert par l'assurance chômage. C'est la seule des trois options qui vous ouvre des droits au chômage sur votre activité, un point décisif que les comparatifs oublient souvent.
Ni l'EURL ni la SASU n'ouvrent de droits au chômage sur la rémunération du dirigeant. Le portage, lui, cotise à l'assurance chômage comme n'importe quel salarié. Si la sécurité entre deux missions compte pour vous, ce seul critère peut trancher le débat.
Le seuil où la société devient intéressante
La société ne se justifie pas par principe. Elle se justifie quand elle vous fait gagner plus qu'elle ne vous coûte, et ce coût est plus élevé qu'on ne le croit.
Le levier principal d'une SASU ou d'une EURL à l'IS, c'est l'arbitrage entre salaire et dividendes, et la possibilité de piloter le résultat imposable. Ce levier ne devient réellement payant que dans trois conditions cumulées :
- un chiffre d'affaires élevé, nettement au-dessus de ce que vous consommez pour vivre ;
- une activité durable et prévisible, pas quelques missions incertaines ;
- une capacité à ne pas tout sortir en rémunération, pour profiter de l'optimisation.
Tant que ces trois conditions ne sont pas réunies, l'économie fiscale théorique est mangée par le coût réel de la structure. En dessous d'un CA élevé et régulier, beaucoup de consultants découvrent, chiffres à l'appui, que le portage leur laisse un net comparable pour zéro contrainte.
Il n'existe aucun seuil légal ni aucun montant magique. Le seuil est le vôtre, et il se calcule : comparez votre net en poche tout compris dans les deux scénarios, sur votre CA réel, avant de trancher.
Prenons un ordre de grandeur pour fixer les idées. À 9 000 € de CA mensuel, un porté récupère un net situé dans la fourchette de référence du portage, soit environ 48 à 55 % du CA HT, sans aucune charge de gestion. Une SASU sur le même CA peut, en théorie, dégager davantage grâce à l'arbitrage salaire-dividendes. Mais il faut en retrancher le comptable annuel, vos heures de gestion et le fait que les dividendes se distribuent après l'IS, une fois par an, pas tous les mois. L'écart réel, une fois tout aligné, se resserre souvent bien plus qu'on ne l'imagine à ce niveau de facturation. Il ne se creuse franchement que lorsque le CA grimpe et reste haut sur la durée. C'est exactement là que se situe votre point de bascule : le montant à partir duquel le gain net dépasse, année après année, la somme du coût comptable, du temps passé et du risque assumé.
Le coût caché de la gestion d'une société
Sur le papier, la société paraît souvent plus « rentable » parce qu'on ne regarde que le taux de cotisation. Le vrai comparatif intègre ce que le portage vous épargne.
- L'expert-comptable : rarement optionnel pour une EURL ou une SASU à l'IS, il représente un coût annuel récurrent, chaque année, quel que soit votre résultat.
- Le temps : facturation, suivi de trésorerie, déclarations de TVA, liasse fiscale, assemblée annuelle, échanges avec le comptable. Des heures qui ne sont pas facturées à un client.
- Le risque : en tant que dirigeant, vous engagez votre responsabilité de gestion. Une erreur de déclaration, un impayé, une charge oubliée retombent sur vous.
- La trésorerie décalée : l'IS, la TVA et les cotisations se paient à leur rythme, pas au vôtre, il faut provisionner et anticiper.
En portage, ces quatre lignes disparaissent. Elles sont incluses dans les frais de gestion, et c'est précisément ce que vous achetez. Le débat « le portage prélève 8 %, ma société coûte moins » ne tient qu'à condition d'ajouter à la société son comptable, vos heures et votre risque.
Trois profils, trois verdicts
Léa, développeuse qui se lance. Premières missions, revenu encore irrégulier, aucune envie de gérer une comptabilité. Pour elle, le portage est évident : elle démarre dès sa première facture, garde ses droits au chômage en cas de trou, et teste son marché sans immobiliser un centime. Sur un CA de 8 000 € par mois, son net se situe dans la fourchette de référence du portage, autour de 48 à 55 % du CA HT, sans une heure d'administratif.
Marc, consultant confirmé à haut TJM. Activité installée depuis des années, carnet de commandes plein, CA élevé et stable, capacité à ne pas tout sortir en rémunération. Pour lui, une SASU bien pilotée peut dégager une optimisation réelle, à condition d'assumer le comptable et la gestion. Le jeu en vaut la chandelle. C'est le profil pour qui la société est faite.
Sophie, cadre en transition. Elle enchaîne des missions entre deux postes, sans savoir si elle restera indépendante. La priorité est la sécurité, pas l'optimisation. Le portage lui offre le filet de l'assurance chômage et la souplesse d'arrêter du jour au lendemain. Créer une société serait ici un risque inutile pour un gain hypothétique.
Trois situations, trois réponses. La bonne question n'est jamais « quel est le meilleur statut », mais « lequel colle à mon CA, à ma stabilité et à mon appétit pour la gestion ».
Quand créer une société plutôt que rester en portage
Soyons honnêtes : le portage n'est pas toujours le bon choix, et il serait malhonnête de le prétendre. Créez plutôt une EURL ou une SASU quand :
- votre chiffre d'affaires est durablement élevé et l'optimisation dépasse nettement le coût de gestion ;
- vous voulez capitaliser dans une structure (mise en réserve, dividendes, revente, association future) ;
- vous avez des charges lourdes ou des investissements que la société amortit mieux ;
- vous êtes prêt à assumer la gestion et le risque, ou à les déléguer en connaissance de cause ;
- votre activité n'entre pas dans le cadre du portage (vente de marchandises, professions réglementées non éligibles).
À l'inverse, le portage reste plus pertinent pour tester une activité, sécuriser une transition, ou tout simplement pour qui veut se concentrer sur ses missions sans jamais ouvrir un logiciel de comptabilité. Beaucoup empruntent d'ailleurs les deux chemins successivement : portage d'abord pour valider le marché sans risque, société ensuite quand les chiffres deviennent solides.
Le choix entre salaire, dividendes, IR et IS dépend de votre situation personnelle, patrimoniale et de votre foyer fiscal. Les ordres de grandeur de cette page sont indicatifs et ne remplacent pas un chiffrage sur mesure : avant de créer une structure, faites valider votre scénario par un expert-comptable ou un conseil fiscal.
Comment trancher, concrètement
La méthode tient en trois étapes, et elle commence toujours par vos propres chiffres, pas par une moyenne.
D'abord, estimez votre net en portage avec votre TJM et votre nombre de jours réels : vous obtenez un montant concret, tout compris. Ensuite, faites chiffrer le même CA en SASU et en EURL par un professionnel, en ajoutant honnêtement le comptable, le temps et le risque. Enfin, comparez le net en poche et ce que vous gagnez en tranquillité ou en droits : l'assurance chômage du portage n'a pas de prix tant que vous n'en avez pas eu besoin.
Si l'écart de net en faveur de la société est faible, le portage gagne presque toujours, parce que la tranquillité et la protection sociale font pencher la balance. Si l'écart est net et durable, la société mérite qu'on l'étudie sérieusement. Le même raisonnement vaut d'ailleurs face au régime micro : notre comparatif portage ou auto-entrepreneur éclaire l'autre côté de la décision, et le guide complet du portage détaille tout ce que couvre le statut salarié. À vous de placer votre curseur, en connaissance de cause.
Estimez votre salaire net en portage et comparez les sociétés adaptées à votre profil.